Le lait maternel assure un développement cérébral et visuel maximal


Les préparations lactées vendues en Amérique du Nord demeurent dépourvues de certains acides gras essentiels

En dépit des nombreuses études publiées au fil des années et révélant à quel point les nouveau-nés et les enfants prématuré ont besoin de certains acides gras (voir INFACT Newsletter, hiver 1991), tous les laits artificiels vendus en Amérique du nord sont encore dépourvus de l'acide gras docosahexanoïque oméga-3 (ADH), acide essentiel contenu dans le lait maternel et jouant un rôle primordial dans la maximisation du développement visuel et cérébral de l'enfant. Des études provenant des États-Unis et de l'Australie confirment à leur tour la propriété unique du lait maternel, source complète et complexe des éléments nutritifs dont ont besoin les nouveau-nés à terme et les prématurés. Au Texas, Ricardo Uauy et son équipe ont récemment étudié le cas de 83 enfants nés prématurément et nourris au lait artificiel contenant trois types de gras - l'huile de maïs (sans acide gras oméga-3) l'huile de soja (contenant l'acide linolénique, précurseur le l'ADH) on une formule enrichie d'huiles marines (contenant de l'ADH) - et ont comparé leur performance à celle d'enfants nourris au sein. Étant donné qu'aucun lait artificiel disponible en Amérique du Nord contient l'ADH, les enfants qui en sont nourris doivent compter sur les gras présents dans ces pr&eacuteparations lactées qui peuvent contenir ou ne pas contenir une certaine quantité' du pr&eacure' curseur de l'ADH, l'acide linolenique. les enfants qui recoivent cet acide gras sont capables d'en convertir une certaine quantite en ADH. Cependent, le taux de conversion est trop faible et la quantite d'ADH absorbee ne favorise pas le fonctionnement optimal de la retine chez la plupart des enfants.

Afin d'étudier le développement des yeux et du cerveau des nouveau-nés, ces chercheurs ont observé leurs fonctions visuelles et constaté que ceux nourris au lait maternel et à une préparation enrichie en huiles marines et en ADH manifestaient une acuité visuelle supérieure à celle des enfants nourris de préparations ne contenant pas d'ADH. Les enfants recevant du lait artificiel contenant seulement le precurseur linolénique ou l'huile de maïs sans précurseur ont eu besoin qu'on les stimule davantage pour répondre au test visuel. Les chercheurs sont donc arrivés à conclusion que l'ADH joue un rôle essentiel dans le développement normal de l'oeil et du cerveau.

Jusqu'à présent. la plupart des études liant la carence d'ADH à un developpement visuel et cérébral inférieur à la normale avaient été réalisées auprès d'enfants nés prématurément ou d'enfants au poids insuffisant à leur naissance. Maintenant, le Finders Medical Center, à Adelaïde en Australie, a obtenu des résultats comparables chez des enfants nés au bout d'une gestation de durée normale. En étudiant un groupe de 16 nourrissons de cinq mois nés à terme et bien en santé - huit nourris surtout au lait artificiel - ces chercheurs ont constaté une corrélation positive entre le potentiel stimulé visuellement et l'ADH erythrocytaire, confirmant ainsi la nature essentielle de l'acide gras oméga-3 (ADH).

Dans le même contexte, des chercheurs australiens citent également les études de Lucas et ses collègues sur le quotient intellectuel. Dans leur conclusion, ils suggèrent que les enfants nés à terme mais privés d'ADH seraient tout aussi susceptibles à des modifications de leurs fonctions visuelle et neuronale que les enfants prématurés.

L'incertitude croissante quant à la qualité et à l'efficacité des substituts du lait maternel soulève un certain nombre de questions. En premier lieu, de par leur nature, les substituts du lait maternel sont plus susceptibles á l'erreur ou a l'omission. La plupart des pays du monde n'ont pas les conditions nécessaires à une utilisation des laits artificiels selon les instructions des fabricants. Dans les pays industrialisés, où ce sont les gens d'un niveau d'éducation supérieur qui sont davantage associés a l'allaitement maternel, on s'inquiète de plus en plus de la mauvaise utilisation des préparations lactées. À la lumière de nouvelles études révélant les conséquences d'une mauvaise utilisation des laits artificiels, la promotion systématique de cette alternative dite "normale" à l'allaitement maternel doit être remise en question.

En second lieu, lorsque les substituts du lait sont utilisés ils doivent être de la meilleure qualité possible et résulter de la technologie la plus récente. pour cela il faudrait que les autorités gouvernementales se mettent au fait des besoins netritionnels des bébés et de la technologie disponible pour améliorer le produit. le rap "Similak Child" rendu populaire il y a quelque temps, suggérait que les consommateurs désavantagés économiquement avaient déjà commencé à associer les préparations lactées à la carence nutritive. Au Japon, ces préparations contiennent de l'ADH et, un 1992, un groupe d'étude du Royaume-Uni, a établi que l'acide linolénique ne suffit pas et que l'ADH doit être ajouté au lait artificiel. Si la technologie existe, pourquoi les préparations lactées vendues en Amérique du Nord sontelles toujours dépourvues de cet acide? Pourquoi les recommendations faites en 1990 par Santé et Bien-être Canada concernant la nutrition des nouveau-nés ne sont-elles toujours pas respectées? Même la recemmandation du Scientific Review Committee de 1990, selon laquelle 1% de l'énergie devrait provenir de l'acide linolénique, n'a pas enccore été ise en application. Si, d'aprés les recommandations, l'indice d'oméga-6 et d'oméga-3 ne doit pas dépasser 10, 1 pour faciliter la conversion de l'acide linolénique en ADH, pourquoi certains laits artificiels ont-ils encore des indices aussi éléves que 27,1?

Et troisième lieu, même si on apportait des améliorations à ces preparations, il n'en resterait pas moins que l'alimentation artificielle continue de causer chez les nouveau-nés et jeunes enfants un certain nombre de troubles médicaux. On ne qeut continuer d'ignorer le manque le volonté gouvernemental quant à la protection de l'allaitement maternel. On ne peut continuer de tolérer les fabricants de laits artificiels qui ciblent les femmes enceintes ou les nouvelles mères en leur offrant échantillons, coupons et information trompeuse. Des produits dont on reconnaît la carence nutritive ne devraient pas constituer l'unique source l'alimentation durant les premiers mois de la vie. La recommandation médicale de les utiliser dans quelques rares cas ne justifie pas leur promotion à saturation auprès du grand public. L'Assemblée mondiale de la santé a reaffirme recemment la normalite biologique du lait maternel et les risques pour la santé des bébés de ne pas opter pour cette forme d'alimentation. Les nourrissons le d'Amérique du Nord ont besoins de la protection du Code international de commercialisation des substituts du lait maternel pour que l'allaitement au sein devienne la norme.

En dernier lieu, les femmes ont besoin de recevoir de l'information exacte au sujet des choix d'alimentation our leurs enfants. Les trousses d'initiation et les livrets d'information provenant des fabricants de laits artificiels ne disent sûrement pas aux mères que leurs produits ne contiennent pas les éléments nutritifs essentiels au développement visuel et cérébral de leur enfant. Même Nutrition for the 90s, une revue publiée par Mead Johnson pour les professionnels de la santé, dans son numéro consacré à l'importance des acides gras pour les nouveau-nés, ne tient pas compte de toutes les études démontrant la nécessité de l'ADH. Le docteur Sheila Innis induit les femmes en erreur lorsqu'elle affirme "qu'on utilise une solution composée de gras animal et végétal pour parvenir à un mélange d'acides gras qui contient les éléments nutritifs essentiels et qui est bien absorbé, et que cette solution constitue un composé en gras semblable au lait maternel". Les publicités télévisées produites par l'industrie d'alimentation des nouveau-nés n'ont pas leur place dans la formation des professionnels de la santé ou des parents.

 


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